Rencontre avec Paolo Del Vecchio, créateur du projet « Squadra Diaspora »

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Alors que « Aquarela do Brasil » d’Ary Barroso nous transporte instantanément dans l’univers de son Brésil natal, Paolo Del Vecchio nous invite à célébrer son Italie d’origine à travers son projet « Squadra Diaspora », sorti tout droit de son imagination… ou de son cœur on ne sait pas exactement.

diaspora, n.f  ( du grec diaspora, dispersion ) : dispersion d’un peuple, d’une ethnie à travers le monde.

L’Italie au cœur du projet

Paolo est un artiste amoureux du pays où ses aïeuls ont vu le jour. A l’heure d’évoquer l’Italie il a forcément une pensée pour ses grand-parents et bien qu’il soit né en France et qu’il y vive toujours aujourd’hui, il a tout de même grandi « dans une maison italienne avec tout ce que ça comporte dans le langage, dans les sons, dans les odeurs, dans le culinaire ». Et comme tout italien qui se respecte il est fier de son équipe nationale, la Squadra Azzurra. Paolo est convaincu de « l’importance du football et plus particulièrement de l’équipe nationale qui arrive à rassembler les gens à travers le monde entier à un instant T » qu’ils soient Italiens ou bien qu’ils possèdent des origines italiennes, la Squadra est un élément fédérateur pour la diaspora italienne et un facteur d’identification forte.

Après trois ans dans une école de design, diplômé d’un CAP en ébénisterie et à présent engagé dans des études d’art, l’artiste désire rendre hommage à la diaspora italienne dont il se sent membre à part entière. L’opportunité arrive en 2015. Explications :

« En 2015 on m’a donné l’opportunité de créer ce que je voulais pour une expo sur le football à Braine-le-Comte en Belgique. Lors de cette expo, qui s’appelle Foot Fairplay et qui a lieu tous les 4 ans, on m’a donné carte blanche et c’est là que j’ai décidé de me lancer sur ce projet que je voulais réaliser depuis longtemps. Au début je ne savais pas sous quelle forme le concrétiser puis l’idée du maillot m’est venue car c’est un objet iconique qui dans l’inconscient collectif représente bien les valeurs que je souhaitais véhiculer ».

Une défaite pour l’Italie, des idées pour Paolo

Avec l’aide d’une amie couturière, Paolo crée un prototype de ce qui deviendra le projet « Squadra Diaspora ». Mais à ce moment là il n’a aucune idée de l’importance que le projet va prendre dans sa vie et comme il le dit « le projet devait s’arrêter à l’exposition du prototype à l’expo Foot Fairplay ». Seulement voilà le 13 novembre 2015, alors que l’expo est en cours, l’Italie vient affronter la Belgique pour un match amical (défaite 3-1). « J’ai contacté la fédération italienne en leur présentant mon projet par e-mail. Par la suite le responsable presse de la fédé a accepté de me rencontrer et du coup je l’ai vu à l’hôtel où séjournait l’équipe nationale à Bruxelles afin de lui présenter le projet concrètement ». Il apprend lors de cette réunion que Puma, l’équipementier officiel de la Squadra Azzurra, s’intéresse fortement à la diaspora italienne du monde entier. On comprend vite pourquoi car selon Paolo « l’équipementier vend 20% de ses produits aux USA. De plus le marché français est équivalent à celui de l’Italie » en ce qui concerne les produits frappés du sceau de la Squadra.

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Dorénavant Paolo se met en tête de créer une série limitée de maillots qu’il pourrait mettre entre les mains de personnes qui ont, comme lui, une branche italienne quelque part dans leur arbre généalogique. Mais le défi s’annonce plus compliqué qu’il n’y paraît.

« Je ne connaissais rien au monde du textile. Je voulais en faire 300 au départ et que ce soit pour la sérigraphie ou la production, tu ne peux pas faire en petite quantité. Heureusement j’ai eu de l’aide d’une amie de la famille qui travaille dans le textile et qui m’a beaucoup aidé. Avant ça la principale difficulté c’était de trouver les fonds nécessaires pour le projet et je suis passé par un crowdfunding qui a duré 40 jours juste avant l’Euro 2016 et je demandais 7500 euros pour faire au départ 300 exemplaires. Au bout de 20 jours ça stagnait aux alentours de 3000 euros et là j’ai eu la chance de faire Nicolas Sansone en interview. Avec ma couturière, on lui a fabriqué un deuxième prototype du maillot avec un tissu qui n’était pas le bon et n’avait même pas la bonne couleur. Enfin bref l’idée c’était de lui apporter un proto afin de faire des photos et que les gens se rendent compte que le projet était sérieux. Ça a fonctionné puisque sur les 2 ou 3 derniers jours on a récolté 2500 euros et on a donc dépassé le seuil en arrivant à 8000 euros. Par la suite j’ai quand même dû mettre de ma poche car c’est toujours plus chère qu’on ne le croit au final. Il fallait commander 500m de tissu et tu fais plus de 500 maillots avec autant de tissu du coup de 300 c’est passé à 600 maillots. »

La migration des années 50′ et 60′ comme référence

En reprenant une coupe des maillots qui ont marqué les années 50′ et 60′, Paolo a décidé de rendre hommage à un peuple qui s’est exilé souvent par nécessité professionnelle comme ça a été le cas pour sa famille lors de cette période d’après guerre. En revanche pour le bleu c’est une histoire de nostalgie puisque c’est celui « qui était présent sur la tunique des azzurri dans les années 70′ et 90′ ». La nostalgie est une notion importante pour les émigrés italiens selon Paolo. Il le symbolise également sur le maillot par cette onde qui se propage puis se disperse sur l’ensemble du maillot. « L’onde parle du fait que ces italiens sont intégrés, sont mariés avec des gens d’autres pays dans lesquels ils sont installés et cette nostalgie se transformera petit à petit en histoire. Donc l’onde un peu comme une goûte d’eau qui fait du mouvement au début et puis petit à petit tend à se tasser et à retrouver un certain équilibre ».

La Squadra Azzura est peut être finalement cette nostalgie commune à l’ensemble de la diaspora italienne, c’est le chaînon réunificateur. Encore plus fort que le langage en lui-même, puisqu’elle ne nécessite pas d’apprentissage, il suffit de porter le maillot bleu pour faire partie de la famille. « Il y a une œuvre de Zineb Sedira qui est une artiste qui a travaillé autour du langage. Elle a réalisé une installation avec trois télévisions, une où elle parle avec sa mère en arabe, une où elle discute avec sa fille en anglais et une dernière entre la grand-mère et la petite fille qui essayent de communiquer. C’est une pièce qui m’a beaucoup marqué et que je garde en référence. »

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Squadra Azzura vs Squadra Diaspora

Forcément quand un projet se réalise on cherche à aller encore plus loin afin de développer celui-ci, de le faire évoluer. « Aujourd’hui la plus grande difficulté c’est de contacter les joueurs pros, c’est assez facile pour certains comme Sansone qui est vraiment un super mec. C’est en quelque sorte le parrain non-officiel du projet. Je lui serai éternellement reconnaissant car si le projet a abouti à présent c’est en partie grâce à lui. En revanche parfois ça peut être le club qui bloque comme avec Vincent Laurini, de la Fiorentina qui est encore réticente au projet. Et puis d »autres joueurs s’en foutent et ne se rendent pas compte de l’aspect artistique du projet et donc ne s’y intéressent pas. Dans le futur j’aimerais organiser un match et également contacter les instituts culturels italiens dans le monde et faire une tournée mondiale pour présenter le projet sous forme d’expositions ou de conférences où je pourrais inviter des gens qui ont travaillé sur la question, sur cette thématique. Avoir des ambassadeurs dans chaque pays serait très fort pour moi ».

Avant de rêver d’un match face à la grande Squadra, une opposition face à l’A.S. Velasca est en discussion. Une opposition qui aurait un fort goût de culture artistique car l’équipe lombarde amatrice a mis en place un projet unique dans le football avec un club qui s’articule autour de projets artistiques. Mais il n’est pas encore l’heure de vous en dévoiler davantage. En attendant on finira sur cette note de Paolo qui résume l’esprit diaspora : « J’étais au match à Milan (match nul de l’Italie contre la Suède synonyme d’élimination de la Coupe du monde 2018, ndlr), j’étais dévasté. C’était horrible, je me disais ça va être la fin du projet diaspora et finalement au contraire non. Depuis l’élimination j’ai reçu pas mal de commandes parce que j’ai l’impression que les communautés italiennes se rassemblent dans l’adversité. Lorsqu’elles se font chambrer par les Allemands, les Français … elles en ressortent plus soudées ».

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Photos – Studio Souffle



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