Dévoilés il y a quelques jours, les maillots adidas ont été très appréciés. Difficile de départager quel maillot était le plus beau entre certaines tenues classiques ou celles plutôt excentriques. La marque aux trois bandes a d’ailleurs mélangé les deux pour les nouvelles tenues de la Mannschaft. Respect de la tradition sur la tenue domicile, avec une référence à 1994, et les couleurs du drapeau sur les manches.
La prise de risque est du côté du maillot extérieur, avec du violet et du rose. Une inspiration tirée du « métavers numérique qui s’adresse aux nouvelles générations de fans allemands » selon l’équipementier. C’est d’ailleurs la première fois de son histoire que l’Allemagne va jouer avec ces couleurs, qui ont du mal à passer Outre-Rhin.
La presse populiste alimente le débat
Les débats sur le maillot sont nombreux, et le quotidien populiste Bild ne s’est pas montré tendre avec cette tenue. Dans son éditorial, le journal le plus lu du pays estime que le rose « n’est pas une couleur pour le foot ». Le bi-hebdomadaire sportif allemand Kicker a lui réalisé un sondage auprès des fans et deux tiers d’entre eux ne sont pas fascinés par ce maillot.

Le pays organisateur est secoué par de nombreux débats qui montrent que le sujet dépasse le cadre du sport, et est un véritable sujet de société.
« Certaines personnes sont déroutées car l’Allemagne a ancré une tradition de jouer en Blanc et Noir, avec du vert de temps en temps, qui a d’ailleurs eu du succès lors des coupes du monde 1986 et 1990, nous explique David Lortholary, journaliste spécialiste du foot allemand. Ils seraient ainsi plus tolérants à accepter des déclinaisons de vert, puisque ça rappelle ces épopées passées. »
« Au côté purement sportif, au marketing pleinement assumé par l’équipementier adidas, s’ajoutent les grandes lignes de force de la société allemande, ajoute-t-il. Cela se heurte au courant de la tradition qui est toujours fort, représenté par des journaux à grands tirages, qu’on peut appeler populistes. »
« Ce débat pousse à des extrêmes qui consistent à dire « on a besoin d’une équipe qui bombe le torse, qui s’impose, qui est agressive, virile. »
David Lortholary, journaliste spécialiste du foot allemand
Une société divisée, dont l’une des faces est profondément conservatrice et attachée à des valeurs peu en lien avec la société actuelle. « Ce débat pousse à des extrêmes qui disent « on a besoin d’une équipe qui bombe le torse, qui s’impose, qui est agressive, virile, explique le journaliste d’Eurosport. Il y a plein de supporters qui sont dans cette mouvance-là. Ils se disent « ça tombe très mal, au moment où on a besoin d’une équipe qui montre sa force, qui remontre son agressivité, qui se fait respecter ou qui fait peur », comme c’était le cas de 1950 à 1990. »

« Certains jouent sur ça pour envenimer le débat et créer de l’audience, poursuit-il. Cela peut paraître un peu ridicule. Mais bien au-delà de cette presse éruptive, et parfois polémique, il y a la presse généraliste, dite sérieuse, qui s’est emparée du sujet, qui a repris l’argumentaire « le maillot ne plait pas car il n’est pas suffisamment viril » de manière plus neutre. Elle s’est emparée de ce sujet car estimant que c’était un vrai sujet de société. » C’est le cas du quotidien munichois Sueddeutsche Zeitung, ou encore Die Welt, tous deux tirés à échelle nationale.
Du rose déjà porté par les gardiens
Une quête de virilité d’une partie de la société allemande qui rappelle les valeurs dépassées dont le sport – en général – veut se détacher, car pratiqué par tous. « Là où c’est un peu idiot, si je peux me permettre, c’est que les filles, qui ont aussi un passé glorieux, vont être amenées à porter les mêmes tenues, nous rappelle Lortholary. À partir de là, l’argumentaire de la virilité ne tient plus. »
Autre argument contradictoire, Bodo Illgner le gardien allemand, champion du monde en 1990 portait une tunique… rose et violette. Comme quoi, ça n’empêche pas de gagner. « D’un autre côté, Manuel Neuer joue en rose et violet avec le Bayern Munich, » rappelle Lortholary. Une tenue également dessinée par adidas.
Embed from Getty ImagesInterrogé sur le sujet en conférence de presse, le sélectionneur allemand, Julian Nagelsmann a lui approuvé ce choix de couleur. « C’est une décision courageuse d’apporter un peu de couleur. Et le fait que tant de gens en discutent à nouveau montre que c’était la bonne décision, qu’il y a de la vie dedans. Je pense que c’est bien, je le porterai. »
Pour l’acceptation, cela passera sûrement par les résultats de la sélection, mais aussi par une jeune génération, qui se fait d’autres idées sur ce que doit être un maillot de foot, et ne s’arrête pas seulement à la couleur du tissu.
Publication
- Publié le : 20/03/2024 à 18:27
- Mis à jour le : 21/03/2024 à 12:40
