Porter des crampons dans un contexte urbain n’a rien de pratique. Pourtant, c’est bien un phénomène que l’on voit débarquer avec insistance ces derniers jours. D’abord aux pieds d’inconnus, le phénomène commence à prendre de l’ampleur, à tel point que la chanteuse Rosalía a été vue au MET Gala avec des New Balance 442 aux pieds. Une paire taillée pour les pelouses naturelles, bien loin des trottoirs new-yorkais.
@footpackfr Ceux qui portaient les crampons à l’école, vous aviez la vision 😭 Avec le challenge #bootsonlysummer on retrouve des vidéos de personnes qui portent des crampons en tenue lifestyle. Même @La Rosalia a porté une 442 de chez @New Balance 💬 Vous en pensez quoi ? #sportstiktok #football #crampons #lifestyle ♬ original sound – Spragga ⛷️
Depuis quelque temps, les réseaux sociaux se sont emparés du sujet et un hashtag a émergé : #BootsOnlySummer. Alors, véritable trend qui va durer ou simple effet des réseaux sociaux qui va disparaître aussi vite qu’il est apparu ?
Un phénomène né sur les réseaux, consolidé par la rue
Le mouvement trouve ses origines sur TikTok, et c’est notamment le compte @.madmaxx1 qui revendique la paternité de la trend. D’abord traité avec ironie, il se transforme rapidement en une posture stylistique assumée. Porter des crampons dans la rue devient un geste qui détonne, au même titre que le port d’un maillot vintage dans les premières vagues du Blokecore. Le principe est simple : détourner une pièce technique de son usage initial pour la réintégrer dans une silhouette urbaine.
@.madmaxx1 keeping @ing me, pushing my movement 🙏🏾 #bootsonlysummer #fyp #pov #viral #trending #blowthisup ♬ original sound – Spragga ⛷️
Les codes sont déjà en place. Crampons visibles, pantalons cargo, jupes longues, t-shirts oversized et lunettes viennent composer une silhouette inspirée des années 2000. Dans cette logique, le crampon ne se contente plus d’évoquer le football. Il en devient l’élément central, avec ses propres contraintes. Des désagréments qui ne freinent pas l’adoption.
Ce retour du crampon dans l’espace public s’inscrit dans une inversion des dynamiques. Pendant des années, les marques ont tenté de réinterpréter leurs modèles performance pour un usage lifestyle. Par exemple, ces dernières semaines, Nike a réintroduit sa Total90 avec seulement un focus sur ses semelles plates. Le #BootsOnlySummer fait le chemin inverse : il réintègre l’objet dans sa forme d’origine, crampons inclus, pour le placer dans un environnement non prévu à cet effet.
Des créateurs comme Martine Rose ont anticipé ce basculement. En 2023, sa collaboration avec Nike incluait déjà des modèles directement inspirés de crampons. Balenciaga, par ailleurs, a élargi la notion de chaussure avec des propositions hybrides. Ces initiatives ont participé à légitimer l’idée que des chaussures techniques pouvaient dépasser le cadre sportif.
Un usage qui interroge sur la mode contemporaine
Si cette tendance étonne, c’est aussi parce qu’elle vient bousculer un secteur marqué par la répétition des formules. Le sneaker game, longtemps en tête des préférences, semble atteint par une certaine saturation. Le crampon s’impose alors comme un objet brut, sans compromis fonctionnel. Il n’est pas pensé pour être agréable à porter au quotidien. C’est cette absence d’adaptation qui en fait un produit remarqué.
Comme pour les talons ou certains vêtements structurés, le crampon devient un signe. Il impose une posture et marque une intention. Porter des crampons avec un costume ou une jupe longue ne vise pas la performance, mais une lecture différente du produit.
La question reste posée : simple tendance estivale ou bascule durable ? Quelle que soit la réponse, le fait est là : les crampons ne sont plus confinés aux pelouses. Ils s’intègrent désormais dans une réflexion plus large sur le vêtement technique, son détournement et son rôle dans la construction des identités urbaines.
Publication
- Publié le : 09/05/2025 à 18:45
- Mis à jour le : 09/05/2025 à 16:39
