À l’heure pour l’entretien réalisé en visio, Nick Roché nous accueille avec son fils sur les genoux. Détendu depuis son bureau, entouré des derniers modèles de la marque ainsi que d’une Predator taillée pour les nouveaux nés mais « pas commercialisée en Europe », il n’hésite pas à rebondir sur les posts footpack concernant le modèle qu’il a contribué a développer chez adidas, la Predator. Du running au football, du développement produit à la stratégie de franchise, le directeur de la catégorie crampons chez adidas détaille le processus de création d’une chaussure de foot, le rôle des joueurs dans le développement, et la place de modèles comme la Predator dans l’écosystème de la marque.

« Comment avez-vous rejoint adidas, et quel parcours faut-il pour arriver à votre poste ?
J’ai commencé chez adidas dans le secteur running, où je travaillais sur les chaussures de course. Il y a presque quatre ans, j’ai rejoint la catégorie football comme senior product manager sur la gamme Predator. Puis, il y a environ cinq mois, j’ai évolué vers un rôle de category director. Aujourd’hui, je suis davantage impliqué dans la stratégie globale, la vision long terme des franchises et le pilotage des projets avec les joueurs sous contrat. Je suis un peu moins dans le développement produit au jour le jour, et davantage dans la direction stratégique.
Quelles différences majeures voyez-vous entre le running et le football ?
La principale différence, c’est l’ampleur du football. C’est déjà le sport le plus suivi au monde, et sa croissance continue. Les compétitions internationales génèrent des audiences massives. Dans beaucoup de pays, le football est le sport numéro un. L’attention est permanente, presque continue. Cette dimension globale change complètement l’échelle de travail sur les produits.
La languette ? Ce n’est pas un raccourci marketing, c’est un élément fondateur de la franchise.
Les processus de création entre chaussures de running et crampons sont-ils très différents ?
Les équipes et la structure de développement sont assez similaires : marketing produit, design, développement technique, spécialistes matériaux et graphismes. En revanche, le temps de développement d’un crampon est long : entre 24 et 36 mois. Il y a aussi beaucoup plus d’interactions avec des joueurs professionnels. Les phases de test, d’ajustement et de validation terrain sont très poussées, notamment sur les franchises majeures comme la Predator.
Le retour de la languette sur la Predator est très remarqué. Est-ce devenu un levier fort de design ?
En interne, on parle surtout d’un retour à l’ADN du modèle. La languette fait partie de l’identité historique de la Predator. Elle avait disparu pendant une période, puis elle est revenue sous différentes formes : versions avec lacets, sans lacets, languette rabattable. Ce n’est pas un raccourci marketing, c’est un élément fondateur de la franchise. Elle renforce l’identité visuelle et culturelle du modèle.
La nouvelle semelle extérieure Predator intègre un élément structurel très visible, le Powerspine*. Quel est son rôle ?
Cette pièce s’inscrit dans l’héritage technique de la Predator. Historiquement, certaines générations intégraient déjà des structures de châssis apportant rigidité et stabilité du talon vers l’avant-pied, ainsi qu’un contrôle de la torsion. Le Powerspine joue un rôle fonctionnel — stabilité, rigidité, gestion des appuis — mais aussi visuel. Le design s’inspire d’une forme de colonne vertébrale, cohérente avec le caractère agressif et “animal” de la franchise. C’est à la fois une signature technique et esthétique.
Les crampons sont-ils développés avec des joueurs spécifiques comme Bellingham ou Pedri ?
Sur la fin du cycle de développement, environ 6 à 8 mois avant la sortie, les joueurs majeurs sous contrat reçoivent les modèles pour les tester et s’y habituer. On appelle cette phase l’adaptation. Le crampon est leur outil de travail, donc ils doivent pouvoir l’intégrer progressivement avant le lancement officiel. Tout au long du développement, nous testons aussi avec d’autres joueurs de haut niveau, même s’ils ne sont pas les têtes d’affiche des campagnes.
Un lancement majeur peut facilement mobiliser plus de 30 personnes au total.
Utilisez-vous aussi des joueurs plus jeunes ou de niveau plus bas pour tester les prototypes ?
Nous travaillons avec des équipes U19 et U21, masculines et féminines. Notre implantation en Allemagne nous permet de collaborer avec des clubs proches (le siège d’adidas se situe à Herzogenaurach, au nord de Nuremberg) et leurs centres de formation. Les prototypes sont largement testés par différents profils de joueurs pour recueillir des retours variés sur le terrain.
Combien de personnes interviennent dans la création d’un nouveau crampon ?
Il existe un noyau composé de quatre fonctions clés : marketing produit, design, développement technique et spécialistes coloris/matériaux/graphismes. Selon les gammes de prix, du très haut de gamme aux modèles plus accessibles, plusieurs personnes peuvent intervenir dans chaque fonction. On peut compter jusqu’à huit personnes dans cette équipe centrale.
Ensuite, s’ajoutent les fonctions transverses : sports marketing pour la relation joueurs, équipes d’excellence produit pour les adaptations spécifiques, équipes commerciales, communication. Un lancement majeur peut facilement mobiliser plus de 30 personnes au total.
Entre F50 et Predator, votre préférence personnelle ?
Je suis plutôt Predator. Probablement pour des raisons générationnelles, mais aussi parce que je travaille directement sur cette franchise. J’ai la chance de pouvoir contribuer à son évolution au quotidien. »
Publication
- Publié le : 06/02/2026 à 16:30
- Mis à jour le : 06/02/2026 à 16:30
